Ensemble ON danse !

Immortalisés
10 mai 2017

« Tu t’es vu ? Oui, et toi ? Tu t’es vu ? » – «  Ça n’a pas été aussi simple qu’on pourrait penser. » – «  Ce fut une aventure dont on ne connaissait pas l’issue. » – «  Dès le début, j’avais ma petite idée mais Paul-André et Sarah m’ont beaucoup aidée. » – « Je suis fière d’avoir accompli le processus. » – « Un peu gênant, un peu stressant, mais ça a bien été au fond. » – « C’est comme si j’avais reçu des confidences aujourd’hui. » – « Avec eux, nous avons été comme des petites abeilles, nous sommes venus butiner aux fleurs. » – « Je ne retrouve pas ce que j’avais dans mon imagination, dans mon interprétation. » – «  La matière vous appartient, moi j’ai essayé de l’enrober, de tous vous montrer. » – « Vous vous êtes ouverts et déployés.» – « Je vais prendre des cours de danse et vous allez me voir à la télé ! » – Florilège de certaines réflexions glanées sur le vif lors de l’ultime rencontre d’Ensemble ON danse !, le 29 avril 2017. Elles appartiennent sans ordre précis aux participants de l’atelier, aux collaborateurs et aux spectateurs venus découvrir le résultat de plus de trois mois de processus au travers de la projection publique des vidéos créées par le vidéaste Xavier Curnillon.

Immortalisés. Alana, Kenza, Marie-Claude F., Karen, Kim, Sébastien, Marie-Claude G., Annie, Yvon, Rodolphe, Jean-Sébastien, Mathieu et Brigitte le sont aujourd’hui, d’une façon originale et hypersensible, sur grand écran, presque tout droit sortis de nos rêves intimes. Au travers de ces vidéos, nous avons eu accès à un échantillonnage extrêmement poétique, sublimant les vulnérabilités, les différences de chacun et les détails du genre humain. Finalement, au fil des ateliers hebdomadaires que nous avions suivis avec fascination, les participants avaient bâti les danses de leurs corps intimes, les mises en mouvement de leurs esprits. Bravant les failles de leurs êtres, créant avec leur entièreté, leur grandeur. En les filmant, en proposant un regard de vidéaste sur ces corps dansants à leur façon, Xavier Curnillon nous a entrainés un peu plus en profondeur, presque sous leurs peaux transformées par la chaleur d’une ombre par-ci, ou d’une lumière par-là. En usant du gros plan, en captant ce qu’à la distance d’un spectateur habituel on ne peut pas nécessairement voir, il a aiguillé notre regard sur le microcosme du corps humain en mouvement, nous donnant à voir ce qu’un visage en action, qui rit, chante ou grimace, peut avoir de fascinant. Ce que des mains qui se caressent ou des doigts qui touchent peuvent exprimer. Ce que des regards, même furtifs, peuvent transmettre. On s’est ainsi retrouvés face à la beauté et à la puissance de ces actes créatifs qui ont su assumer puis gérer les fragilités et les ont portées courageusement. Au point de les vaincre ?

En quête de liberté. « Il faut connaître sa propre vérité pour être libre. », m’a confiée Yvon Lamy, art-thérapeute et fondateur du Centre d’Apprentissage Parallèle, approché quelques jours après la présentation publique. Pour ce philosophe-thérapeute dont le métier est d’accompagner par l’art les fragilités humaines, le processus évolutif et entrepris de façon hebdomadaire avec les participants de l’atelier semble tout autant primordial et fascinant que l’est l’effet gratifiant des vidéos sur leur estime d’eux-mêmes. Lui « que l’art a sauvé dès l’enfance », qui offre une éducation psychologique à ceux qui la cherchent et qui aide à mieux comprendre la réalité pour savoir la gérer, semble croire en la mise en situation, la mise en action des individus, même les plus « fragiles », pour qu’ils se révèlent à eux-mêmes. Cela peut prendre du temps et c’est au travers d’une évolution longue et progressive faite d’essais, d’erreurs, de réajustements que la guérison peut tranquillement s’opérer. Dans sa profession, la thérapie commence par la compréhension du corps. C’est à partir de ce point de départ que l’on peut y atteindre l’émotion, la pensée et la volonté. Il est alors nécessaire de convaincre la volonté que l’action du corps est bénéfique et bienveillante pour que les réticences tombent, que les changements s’opèrent et que tout devienne possible. Pour lui, avec un projet tel qu’Ensemble ON danse !, le champ des possibles s’est ouvert. En se proposant comme de nouveaux outils de conscience corporelle vers la maîtrise de soi, l’art et ici la danse initiée par le chorégraphe Paul-André Fortier épaulé par sa complice Sarah Dell’Ava, semblent avoir été de réels complices pour les participants dans ces évolutions intimes vers leurs propres vérités, dans la découverte de leurs forces, de leur potentiel.

Et ainsi dans ces longs chemins vers leurs libertés.

Finalement, l’envie survient ici de saluer une telle initiative, ainsi que les participants créateurs, les partenaires et collaborateurs inspirants, les accompagnants, la bienveillance des familles et des proches, les sourires des uns, les grands cœurs des autres. L’investissement personnel de chacun aura fait sans aucun doute la différence pour tous.

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Ensemble ON danse ! © Circuit-Est centre chorégraphique

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Ensemble ON danse ! © Circuit-Est centre chorégraphique



Espoir collectif
26 avril 2017

Quand un projet de médiation culturelle est mis sur pied par une structure artistique en danse, ici Circuit-Est, il y a évidemment, associé à une telle initiative, le désir que la danse puisse apporter quelque chose à l’existence de certains individus. « La danse est ici une invitation à se découvrir, à s’ouvrir à l’autre, mais aussi à développer une estime de soi. », peut-on d’ailleurs lire dans la description du projet Ensemble ON danse !, destiné à treize participants aux prises avec une fragilité psychologique. Dans un tel contexte, la danse se ferait alors l’ambassadrice d’une pensée humaniste visant l’affirmation et l’épanouissement de l’humain, appuyant ainsi la croyance que la danse serait l’un de ces arts nobles, puisque sa pratique serait bénéfique, autant pour la condition physique de chacun, que pour la santé mentale de tous. L’atelier l’a prouvé, la danse a permis aux participants d’appréhender leurs limites. « Danse bienfaitrice », « danse guérisseuse », « danse thérapeutique », trois des lettres de noblesse que l’on pourrait offrir à cet art du mouvement. Car, pour avoir observé durant plusieurs mois l’évolution du processus, pour avoir écouté certains participants admettre à chaque fin d’atelier les bénéfices d’une telle pratique sur le mental et sur l’énergie retrouvée de leur corps, les bienfaits semblent indéniables et vitaux.

Et si on inversait la tendance, la danse et ses créateurs n’auraient-ils pas besoin eux aussi de ce type de projets pour continuer à se définir, à s’affirmer et à revendiquer leur statut social ? Question ouverte qui restera lancée aux créateurs de la danse…

C’est notamment en ouvrant les portes du Centre d’Apprentissage Parallèle [CAP] sur le boulevard Saint-Laurent et en allant à la rencontre de son directeur général, Xavier Bonpunt, ainsi que de la stagiaire en Art Thérapie, Chloé Martin, que l’on peut réellement et concrètement comprendre le potentiel et la richesse d’un tel pont entre les structures. Que l’on peut aussi réaliser la nécessité de ce type de projets autant pour notre société que pour les arts eux-mêmes. Parce qu’au CAP, il n’y a pas de voile mis sur la réalité, pas de malaise face à la maladie et aux faiblesses de chacun ; elles sont bien là, présentes, bases même de tout acte créatif stimulé et généré au sein de cette ruche pro-active. Le mandat y est d’ailleurs clair : l’organisme « mise depuis sa fondation, sur la création pour soigner les émotions douloureuses ». On n’y cache pas les fragilités, on les accepte, on les inclut. Avec l’art comme outil, comme médiateur, on les contourne et on les détourne. Les rapports annuels de la structure font état d’ « un combat contre le stigma de la maladie mentale très présent dans les mentalités » (X. Bonpunt, rapport 2013-14) et « d’une folle aventure qu’est celle de la reconstruction par l’art, et peut-être celle de la résilience » (X. Bonpunt, rapport 2012-13). Au CAP, il y a cette considération que l’art est prolongement de soi et expression sensible de soi, donc touché ou plutôt habité par la maladie mentale ou les faiblesses de chacun. L’esthétique qui germera ressemblera intrinsèquement à l’individu qui l’aura créé ; participant un peu plus à chaque action créative, à l’enrichissement de l’immense portfolio des œuvres d’arts du monde, et faisant avancer l’histoire universelle des arts. Rien de moins ! Se faisant porte-parole de la différence, en toute humilité, l’art deviendra alors le reflet de notre humanité, sans fard, révélant une société où les fragilités psychologiques ou physiques n’auront plus à être blâmées.

Alors, intégrer pour la première fois, la danse dans la liste des arts proposés dans des structures qui croient en l’inclusion et l’évolution des regards telles que le CAP, c’est certes l’inscrire au rang des outils thérapeutiques pour avancer vers un « aller mieux », mais c’est aussi affirmer et renforcer sa posture sociale, sa nécessité politique dans la visée de faire évoluer les consciences, de faire transmuter les regards. En permettant au corps de s’exprimer en mouvement dans son entièreté pour et par ce qu’il est, en lui donnant un espace de pleine vérité, on peut espérer que la danse deviendra une fidèle alliée dans cette évolution des stigmas, dans l’acceptation des différences.

Les treize participants d’Ensemble ON danse !, en acceptant de prendre part à un tel projet, ajoutent une nouvelle pierre à l’histoire de la danse… Une danse sociale, ancrée et engagée. Ils en deviennent les acteurs premiers, les porteurs d’un espoir commun et collectif.



Avec les yeux du cœur
8 avril 2017

Alors que pour certains, l’aventure d’Ensemble ON danse ! touche tranquillement à sa fin, pour d’autres, l’action débute réellement. En effet, pour les participants de l’atelier, les deux dernières semaines furent intensives. Des répétitions au tournage, ils ont tous atteint l’avant-dernière étape du processus : la rencontre avec la caméra. Aboutissement d’une longue progression corporelle autant collective qu’intime pour les treize participants, ils ont su braver l’objectif le plus intimidant, celui qui scrute le moindre détail et immortalise l’instant présent. Et heureusement, c’est avec les yeux du cœur que Xavier Curnillon, vidéaste du projet, s’était promis de les observer.

C’est volontairement approché à un moment charnière du processus que Xavier a su m’offrir le bilan de plusieurs mois de travail, ainsi que les grandes lignes qui le guideront dans ses prochains jours de montage. À quelques jours seulement de la fin du tournage et à quelques semaines de la projection finale des vidéos d’art, le projet est atypique et les paramètres de conception qu’il s’est imposés sont nombreux. Des œuvres picturales sélectionnées au Musée des beaux-arts de Montréal, aux œuvres vidéo finales qu’il réalise actuellement, en passant par l’interprétation chorégraphique des treize participants issus du Centre d’Apprentissage Parallèle, le chemin est long, sinueux et riche d’humanité. Rencontre avec celui qui, après une semaine de tournage, plongé dans le premier dérushage de plus de 8 heures de vidéos, accomplira les derniers milles de l’aventure. Il transformera la recherche dansée en une installation vidéo, présentée à la manière d’une exposition, devant les participants et les convives le 29 avril à Circuit-Est, puis, plus tard, au Musée des beaux-arts.

Pour celui qui n’en est plus à sa première vidéo sur la danse (xacmediaconcept.com), l’expérience amorcée avec Ensemble ON danse ! semble en rester pourtant singulière et signifiante. En quelques minutes d’entrevue au sujet de ses techniques de composition, il m’a ouvert une sacrée boîte de Pandore. Plongée, moi néophyte, dans l’antre fabuleux d’un vidéaste du mouvement, ce fut un extraordinaire tourbillon d’informations qui rendent l’envers du décor d’autant plus surprenant que savoureux : ses repères cartésiens, ses filtres personnels, une lecture comparée des lignes de force des tableaux en écho aux propositions vivantes des participants, des croquis et grilles de géomètres passionnants… Lui, rassemblant ainsi les treize œuvres vivantes en quatre grandes familles esthétiques, le tout avec des intentions précises de lumières, de scénographie, de jeux avec les textures et les matériaux… Une réelle installation en arts visuels faisant se rencontrer art pictural, mouvement et danse, est bel et bien en préparation. Prometteur.

De la famille de ceux qui observent le mouvement plutôt que de celle des créateurs de gestes, l’artiste en arts visuels Xavier Curnillon ajuste et affine son regard à chaque prise, à chaque déplacement de caméra, et semble ainsi confirmer progressivement une démarche artistique originale. Xavier semble être de ceux qui souhaitent par la vidéo, souligner et bonifier un mouvement, une posture, une expression humaine, ou une émotion. Protecteur, il appartiendrait au clan de ceux qui voient et constatent silencieusement le Beau partout et en toutes choses et qui s’affairent à le restituer avec fidélité, toujours dans une optique de mise en valeur. C’est dans la rencontre de l’humain avec l’humain, sensible à son intuition, et en puisant à la source de la matière que l’orientation de sa caméra peut évoluer. Cherchant à percer avec respect l’âme de ce qu’il observe, il se donne comme mot d’ordre de n’utiliser la technique que pour la mettre au service de l’humain, se méfiant en permanence des effets de style.

Le 29 avril, nous serons donc loin d’une reproduction littérale des œuvres picturales sélectionnées au Musée des beaux-arts. Interprétation des participants, filtres des objectifs, sensibilité d’un vidéaste, regards des spectateurs, etc. ; nombreuses seront les couches sensibles, voire hypersensibles. Ce qui semble certain, c’est que c’est avec les yeux du cœur qu’il faudra venir assister à la projection. Et capter l’humain, dans sa plus poétique expression.

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Rencontre
14 mars 2017

Après avoir observé plusieurs heures d’ateliers, j’avais envie de plonger dans les profondeurs de l’être, de ce que l’on ne peut capter que dans une discussion, un échange, un partage. L’envie est apparue de plonger au cœur de la réalité d’un des participants des ateliers. C’est Brigitte qui a généreusement accepté de répondre à mes questions, de me prendre par la main pour me faire découvrir la réalité qu’elle parcourt tous les jours. Nous avons discuté de son arrivée au CAP [Centre d’Apprentissage Parallèle de Montréal] et du chemin parcouru jusqu’à sa Panthère, l’œuvre qu’elle a choisie. La règle était simple entre nous, elle ne livrait d’elle que ce qu’elle souhaitait, en toute simplicité.

« J’ai un côté très business, rationnel que je tiens de mon père et j’ai tout le côté que je suis en train d’explorer pour la première fois de ma vie avec le CAP : la poésie, l’écriture, le chant… Tout ce qui est « art » sous toutes ses formes, j’adore ça. » – Brigitte

Maud : Aimerais-tu me raconter ton arrivée au CAP ? Qui était Brigitte à ce moment-là ?
Brigitte : Cette question m’entraine déjà dans l’émotif. Habituellement, je déteste aller là-dedans; mais ça va aller. Je n’ai pas l’air de ça, mais moi, tu sais, je suis un animal sauvage. J’aime beaucoup charmer, j’aime être devant la caméra et faire vivre des émotions aux autres. Je suis arrivée au CAP, j’étais encore une fois perdue dans ma vie. Il y a toute une partie de ma vie où j’ai dû lutter. Ce n’était même pas de la survie. Mon parcours est unique dans la mesure où j’ai connu la folie totale, le Moi éclaté, où tu ne sais plus quelle heure ou quel jour il est, ce que tu as dit il y a cinq secondes… Tu es en psychose, en dépression extrêmement majeure, tu as besoin de soins le plus rapidement possible parce que tu es perdue… C’est l’enfer. Je suis allée à une clinique spécialisée et là, ça commençait à aller mieux. Mais malheureusement, je n’ai pas suivi le processus de changement thérapeutique et j’ai fait une rechute. C’est là que le CAP est arrivé dans ma vie. Une de mes amies, que je connais depuis plus de 35 années, m’a dit : « Ça fait longtemps que je te parle du CAP. Pourquoi ne viendrais-tu pas ? Tu vas triper, il y a de la créativité. Il y a toutes les disciplines avec des sous-couches. » C’est comme ça qu’elle m’a mise en contact avec Xavier, le directeur. J’ai commencé le 1er juin. J’ai senti tout de suite que ça venait chercher quelque chose en moi qui n’avais jamais vraiment été exploité, sauf quand j’avais 25 ans. Mais, après ça, j’enseignais, puis je retombais malade, puis je faisais des jobines et je retombais malade. C’était comme une lutte constante sans vraiment exploiter mes côtés créatifs. Au CAP, je me suis dit : « Ça y est, je suis au bon endroit pour découvrir toutes les sous-couches de ma personnalité par la créativité. » Le Moi éclaté c’est quand ta personnalité éclate et je suis habituée à ça. Au CAP, tu n’as pas le choix, il faut que tu les explores tes facettes, tout en socialisant avec les autres, sans te dire qu’eux aussi ils sont là pour la santé mentale. Ça, on s’en fout.

Maud : Es-tu tombée en amour avec l’une des disciplines artistiques que tu as découverte au CAP ?
Brigitte : Sans hésiter : le collage : découper toutes sortes de visages, de maisons… pour bâtir autre chose d’une manière flyée. J’adore. C’est fascinant. On fait aussi de la peinture. J’adore ça. Ça fera un an en juin que je suis au CAP du lundi au jeudi. C’est un réel travail.

Maud : Qu’est-ce que le CAP t’apporte ?
Brigitte : En novembre dernier, mon Moi s’est refissuré à cause d’une relation que j’ai mal gérée. Mais comme je sais ce qu’il se passe à l’intérieur de moi maintenant, j’essaie de rapiécer les puzzles de mon Moi pour me retrouver dans la réalité. Et ça, c’est ta propre colle. Parce que les gens ne savent pas ce qu’il se passe à l’intérieur de toi, mais toi tu sais. L’anxiété chronique cause l’éclatement du Moi. Se ramener dans la réalité, ce n’est pas évident. Il faut être dans l’ici et le maintenant dans ton Toi équilibré. Cette complexité de l’être, de mon être et de tous les autres (parce que ça peut arriver à n’importe qui) est causée par des prédispositions et de grandes blessures. Et le CAP t’aide à décrocher un peu de tout ça. Ce qui ne se fait pas en une journée. Au CAP, tu progresses de semaine en semaine, avec l’aide des chefs d’atelier.

Maud : Est-ce que faire de l’art tous les jours change la façon de vivre le quotidien ? Brigitte : Ça donne un réel espoir de vie, puisque tu fais quelque chose. C’est un tremplin vers quelque chose. Pour moi, ce serait vers l’humour. Ma profession idéale, ce serait être humoriste, triper sur une scène, avoir le pouvoir incommensurable de verbaliser avec humour les frustrations quotidiennes.

Maud : Comment as-tu réagi quand est arrivée la proposition d’un atelier sur le corps ?
Brigitte : Ça a fait « YES ! » en moi. Je me souviens, c’était début novembre : Xavier est venu me voir et m’a dit : « Il y a un atelier de danse qui arrive, il me semble que je te verrais le prendre. » Ça m’a fait plaisir, je me suis dit qu’il tombait parfaitement dans mes cordes. Mais c’était la première fois au CAP que mon corps allait devenir le moteur. On ne savait pas à quoi s’attendre.

Maud : Et alors ? Après plusieurs ateliers, quelles sont tes impressions ?
Brigitte : C’est très exigeant. Ça demande beaucoup d’aller à la fois dans le corps et en même temps dans les émotions. Se retourner vers soi pour prendre conscience, d’une autre manière, de son corps, de la musique, des autres, de l’environnement, de se déplacer dans l’espace. Là, c’est moi qui rentre dans mon corps. Et je me rends compte qu’il aurait fallu que je fasse ça depuis longtemps déjà, revenir dans mon corps, mon corps perçu.

Maud : Est-ce que ton Moi éclaté dont tu me parlais tout à l’heure réussit à se rapiécer ?
Brigitte : Ça fait juste depuis deux semaines que je sens vraiment que je reviens dans la réalité, donc que je suis capable de percevoir les mouvements de mon corps, les sensations de mon corps, les émotions. Lundi dernier, j’ai tripé. J’étais dans un mélange entre le Tai-Chi et la panthère. Ça éveillait ce qui était enfoui. J’adore danser sur la musique. Ça m’énergise. La danse me fait vraiment triper. J’explore beaucoup mes limites. J’aime créer des mouvements qui ne soient pas nécessairement connus. Par contre, j’ai plus de difficulté quand c’est dirigé. Ça me fait sortir du côté imaginatif, créatif. Moi je carbure quand j’ai un public devant moi. C’est extraordinaire. Je cherche le regard des autres, un regard admiratif. J’aime les connexions. Et ça me permet d’avoir une connexion incroyable avec moi-même. C’est fascinant de faire vivre des émotions à l’autre. Lundi, j’ai réussi avec ma panthère à m’étonner moi-même, il a fallu que je déconnecte avec moi-même et que je descende profond, profond. La peur du jugement avait presque complètement disparu. Je vivais dans mon corps vraiment pour la première fois.

Maud : Quel travail te reste-t-il à faire pour être satisfaite avec ta création ?
Brigitte : Finaliser le tout. Il faut que je prenne la panthère et que je sois capable de replonger dans la zone que j’ai vécue lundi, et d’y aller dans la fluidité. Ce n’est pas évident. Je ne suis pas une danseuse de haut niveau, moi. Mais je crois que je travaille fort ! Je serai satisfaite quand je serai capable de le faire par moi-même sans supervision. Je crois que ça prendra encore deux grosses semaines.

 À dans deux semaines, donc…



Le cercle des chercheurs de leurs corps
20 février 2017

Ils et Elles s’appellent Alana, Kenza, Marie-Claude F., Karen, Kim, Marie-Claude G., Annie, Yvon, Rodolphe, Jean-Sébastien, Mathieu et Brigitte. Ce sont eux qui, durant tout l’hiver montréalais, braveront leur corps, nous ouvriront leur intimité, accepteront le regard des caméras, les conseils d’un chorégraphe et de son assistante, et nos yeux qui les observeront… Eux qui, une nouvelle fois dans leur vie feront confiance à l’art et laisseront la danse et le mouvement s’immiscer doucement dans leur quotidien. En grands maîtres du jeu, ce sont eux qui ne nous offriront d’eux que ce qu’ils désirent. Vent de liberté absolue avec Circuit-Est cet hiver.

Les dés sont lancés. En janvier 2017, « Ensemble, ON danse! » a bel et bien débuté.

En trois ateliers, ils nous ont déjà pris par la main, eux, les chercheurs de leurs corps. Et ensemble, nous avons débuté l’expédition. Sans inhibition, dans une cascade de fous rires et de sourires, ils se sont laissés prendre aux jeux de mouvements du chorégraphe Paul-André Fortier et de son assistante Sarah Dell’Ava, leurs deux guides dans cette exploration hebdomadaire qui s’échelonnera sur quatre mois. De micros découvertes en agréables surprises, nous avons réalisé avec eux qu’en apprivoisant et décortiquant chaque articulation de nous-mêmes, nous étions tous dotés d’extraordinaires possibilités et habiletés, et que les prémices d’un mouvement allaient nous permettre de créer les chorégraphies du futur. …« Des petits pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité. »…

Un autre jour, en assimilant le jeu des pinceaux de Sarah et Paul-André, chacun s’est approprié l’espace autour de lui, le remplissant de son nom, le gravant de la main, du coude, du genou, de la tête, en grand, en petit, en accéléré ou au ralenti, convoquant pour la première fois de ces ateliers l’Imagination, cette pièce maîtresse qui les accompagnera tout le long du processus. Parce que de l’Inventivité, il va leur en falloir pour progressivement concevoir puis interpréter leurs pièces en mouvement, celles que l’on découvrira en avril prochain au travers des capsules du réalisateur Xavier Curnillon. De Tissot à Hodler, en passant par Tibaldi, Daumier, Barlach, Lambeaux, Gautier, Proctor ou encore Bruegel Le Jeune, tous ces artistes sculpteurs ou peintres exposés au Musée des beaux arts de Montréal verront ponctuellement leurs œuvres kidnappées pour la bonne cause de la Danse et de la Créativité, et par la même occasion, pour les bienfaits du genre humain.

Et, parce que la bienveillance des uns renforcera le courage des autres, Paul-André et Sarah leur montreront les chemins pour raconter par leurs corps ce qu’une image figée, ce qu’un tableau ou une sculpture immobile ne peuvent nous raconter. Avec eux, on pénètrera dans leurs fictions, les laissant se surprendre, converser entre eux, s’apaiser, se questionner, se vitaliser, s’énergiser… pour se rapprocher finalement un peu plus de notre humanité. Et ce, en toute simplicité…

On sait que pour bâtir la maison la plus chaleureuse possible, il faut nécessairement débuter par les fondations. Et bien, les premières pierres d’ « Ensemble, ON danse! » ont été déposées avec une grande délicatesse, une générosité absolue, convoquant l’imaginaire de chacun, dans un apparent plaisir commun. Et puisque chacun y a sa beauté et possède ses propres qualités, nous avons hâte de suivre de très près ces bâtisseurs de demain… Ce cercle de chercheurs de leurs corps.


 

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